Mucky Fingers

Le Blog Rock - reviews et chroniques: Arctic Monkeys, Oasis, Babyshambles, Strokes...

jeudi 3 novembre 2005

BRMC à l'Elysée Montmartre

brmcelyseemontartre

Hier soir, concert de Black Rebel Motorcycle Club à l'Elysée Montmartre. Après leur excellent passage dans la même salle fin 2003, il était difficile de louper le coche. Le concert commence, seul Peter Hayes entre en scène, avec une guitare folk et un harmonica. Il a choisi de plaquer ses longs cheveux noirs. Exit la touffe à la Robert Smith pour ce soir... Outre ce détail capillaire, le rocker nous balance les dernières scies country de son album Howl. Une direction artistique qui tranche radicalement avec les sons garage des premiers albums (une démarche pour laquelle les White Stripes ont également opté récemment). Après un second disque bourré de hits et jusqu-au-boutiste dans le style BRMC, le groupe a su éviter toute autoparodie en reléguant au placard sa formule distorsion crasseuse + reverb caverneuse. C'est le retour à la base. Aux racines. Seulement en live, ça détonne sur une setlist qui compte désormais trop peu d'hymnes électriques ravageurs. Robert Turner et Nick Jago rejoignent Peter sur les planches de la mythique salle parisienne. Le groupe s'attaque à Ain't No Easy Way, le dernier single au clip follement décadent tourné à Kiev. Le public commence à s'animer. Love Burns chauffe. Puis Whatever Happened To My Rock'n'Roll provoque enfin le pogo attendu dans les premiers rangs. Une foule malmenée par un set oscillant entre brûlots garage et ballades planantes. Le climat s'installe pourtant, et le concert décolle. Ce groupe a quelque chose de captivant, une noirceur palpable dans la moindre de ses compositions. Une touche de subtilité que la plupart des formations américaines ne possèdent pas. Comme si BRMC était un groupe anglais imprégné de culture US. Poésie belliqueuse et romantisme noir se cotoient à tous les étages. Pete et Robert : de véritables corbeaux sans le coté ridicule du truc. Mal de vivre dans un background réaliste ricain. Blousons noirs, chemises noires, big black boots. L'imaginaire arrive à la tombée de la nuit, quand les amplis renvoient la complainte dans les plaines ténébreuses. Ces mecs là ne rigolent pas, ils prennent au premier degré le rock, comme mode de vie, comme mode d'expression, comme ligne de conduite. Une quasi-religion. Et ce soir, sous les plafonds sculptés de l'Elysée Montmartre, il y a quelque chose qui plane dans l'air, comme une atmosphère excessivement basse, oppressante. Un Spleen de Paris transposé par des gars de San Francisco. Robert Turner fait glisser ses doigts sur un improbable piano de saloon surmonté d'une fausse bougie. Peter au trombone fait tourner les têtes sur une chanson Beatlesienne. Les rythmes hypnotiques s'enchaînent, s'accentuent, le rappel en devient épique. "Stop" enflamme son monde. Au moment d'en finir, après un final déchirant, nos oiseaux de nuit font sonner les orgues électriques pour un ultime requiem intimiste.

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lundi 24 octobre 2005

Oasis: Road To Rouen

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Le Zénith de Rouen ressemble à un vaisseau spacial rond planté en pleine cambrousse à coté d'un Macdo. C'est un peu Rencontre du Troisième type, voire même la Quatrième Dimension. A l'entrée, un pauvre pékin tente de vendre des tickets au black. La bonne blague, c'est même pas sold out ce soir. Je pénètre dans la soucoupe volante en forme d'escargot, l'endroit est moderne et clean. Tout cela ne donne pas l'impression d'être là pour un concert d'Oasis. La salle en elle-même paraît plus petite que celle du Zénith de Paris, pourtant elle compte 7000 places de capacité maxi. The Coral entament le show avec leur pop psychédélique sortie d'un Far West hanté. Sept liverpuldiens sur scène, dont un mec pour jouer du tamtam et des maracas. Le public ne semble pas très réceptif. Les lumières se rallument, une marais humaine part investir la buvette. Jason, le fidèle technicien guitare, s'affaire sur scène avec ce qui me semble être la Gibson Les Paul que Noel a mise en vente récemment sur eBay. Les lumières s'éteignent enfin, retentit le décompte "This is not a Drill", puis "Fuckin' In The Bushes" explose sur la sono surpuissante. Oasis débarque et se fait les dents sur "Turn Up The Sun". La batterie de Zak, très mise en avant, fait vibrer les structures metalliques du vaisseau. Liam très en forme part à l'attaque. Les coups de boutoir de "Lyla" retentissent, le son est énorme, rondement compact, certainement dû à l'acoustique implacable de la salle. Dans les premiers rangs ça s'agite, ça part dans tous les sens. Une bande de hooligans supporters du PSG bastonne autour d'elle. Gros pogo devant le chanteur. Des mancuniens sont présents. "Bring It On Down" en remet une couche, folie dans la fosse. Ce soir la setlist est parfaite, et les versions des chansons sont très rock - "Acquiesce", "Morning Glory", "Mucky Fingers", "Cigarettes & Alcohol" avec un final à rallonge magistral. "The Importance Of Being Idle" la chanson de l'année fait également son effet. Puis les amateurs venus pour entendre "Wonderwall" sont satisfaits et peuvent s'époumoner sur le célébrissime hit. Noel dans son coin semble ne jouer sa chanson phare que pour contenter son public. The Chief se rattrape d'urgence en nous cisaillant un solo tuant sur son "Champagne Supernova" qui gagne en intensité, grâce à un Liam hargneux qui y croit dur comme fer. Lorsque le kid insiste sur les dernières syllabes des lyrics de son frangin, c'est qu'il se passe quelque chose. Il fallait que ce soit dans la petite ville de Rouen, dans son gigantesque escargot. L'endroit qui se verra transformé en patinoire géante en fin de semaine pour accueillir Holiday On Ice. Le lieu qui verra Lorie faire des sauts de biche mijorée. Oui mais voilà, en ce jour du Seigneur, il est plutôt question d'acier en fusion, d'ébullition des corps, de fission d'atomes. Le rock irradie sur cette scène comme un accélérateur de particules. Un tchernobyl mancunien à deux heures de Paris. Du délire total. Déjà Supergrass avaient créé la fissure avec le dernier album "Road To Rouen" sorti quelques mois plus tôt. C'était un signe. Puis Franz Ferdinand avaient programmé un concert dans la salle pour fin octobre. Oasis enfoncent le clou, défrichent, ratissent le passage, ravagent, dévastent en onde de choc nucléaire. Et le nuage pourrait bien partir à des centaines de kilomètres. Il faut être là, devant cette scène pour sentir la chaleur se dégager, frôler le noyau, toucher le coeur. La rythmique de "Meaning Of Soul" en marche militaire décuplée retentit, Liam lève les yeux vers quelque ciel assombri de centaines de bombardiers en partance pour le chaos. Noel maltraite sa guitare, défiant ses habitudes. Le kid tape du pied sur les planches en suspens. "Don't Look Back In Anger" finit de fédérer une foule prise en tenaille. "My Generation" assassine définitivement. Zak part en apesanteur pour un décollage Challenger en désintégration fatale. Liam ne suit plus, il descend de scène et fixe une foule au bord de l'apoplexie. Le groupe ne s'arrête plus, batissant encore et encore un mur du son à la texture sonore des plus abstraites, fondée sur les roulements de batterie d'un Starkey en transe, noyée dans les effets du Chief aux prises avec sa rangée de pédales... Noel ira applaudir le public, visiblement extatique quant à la qualité du concert. On ne s'attendait pas à telle grandeur quelques heures plus tôt en empruntant la route To Rouen...

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vendredi 21 octobre 2005

Poptones Club: Dirty Pretty Things au Triptyque

carl

Mardi 18 octobre le soleil s'est couché depuis quelques heures lorsque je pénètre dans le lupanar rock de la rue Montmartre. Accompagné d'Anne Sophie je descends les marches puis m'avance dans le couloir qui me renvoie en flashback à la soirée anniversaire d'Hedi Slimane. Ce soir le maître des lieux a changé: Alan McGee y organise son Poptones Club, version française de ses mythiques soirées londoniennes. Je retrouve quelques amies sur les banquettes après un détour par le bar. So et Vaness me font prendre conscience que Lisa Moorish est assise face à moi de dos. Musique rock en fond, garage, indé. Je tourne la tête, Alan McGee et Gary Powel discutent près des chiottes. Stuck In The Sound débutent leur set sur la scène. je bouge planplan avec Anne Sophie, l'idée étant de se faufiler vers les premiers rangs afin d'apprécier au mieux le concert du groupe de Carl Barât, fraîchement baptisé Dirty Pretty Things. Le premier combo quitte les lieux après une dédicace à JD Beauvallet grassement étalé contre le mur du fond derrière les platines. King Biscuit Time déroule son show anesthésiant totalement hors sujet lors de cette soirée rock. Le trio termine, ça se réveille. Les roadies règlent le matos du groupe que tout le monde attend. Le premier rang déborde sur l'estrade, ça pousse derrière. Les lumières s'éteignent, tout est rouge, Anthony, Gary, Didz et Carl investissent la scène, les micros ne tiennent pas debout, on assiste à une situation proche du chaos, les gens du premier rang sont étalés sur la scène. Une version épurée à deux guitares de "Can't Stand Me Now" déclenche un tsunami humain. On pogote sur un titre acoustique, du jamais vu. Carlos réduit à chanter sur un micro branché sur le coté droit de la scène tente vaguement de calmer le public. Il enchaîne sur « Time For Heroes ». Puis le groupe entier entre dans le jeu pour des versions carnassières de chansons des Libertines, entrecoupées de nouvelles compositions qui tiennent la comparaison. Le rétro "The Ennemy", l'incendiaire "You Fuckin' Love It" ou le reggae "Pirates" confirment qu'il y a une vie après les Libertines. Mais davantage encore, le titre "Bang Bang" échappé d'un néo-bastringue psychédélique laisse entrevoir ce à quoi pourrait ressembler le futur du groupe.  Et puis quand même, révision des classiques avec "France" (de circonstance), "Boys In The Band" ou le dévastateur "I Get Along" qui vient clore magistralement le set. Contrairement à son ancien pote Doherty, Carl n'a pas choisi pour son nouveau groupe de livrer un tout nouveau répertoire. On a davantage l'impression d'assister à un concert des Libertines sans Pete, surtout que Gary et Anthony officiaient déjà dans le gang avant le split. Le concert terminé, je retrouve Anne-Sophie. On dirait qu'elle a pris une douche toute habillée. Direction le bar pour récupérer de nos émotions fortes. Nous croisons Marie-Laure qui part, et Caroline qui reste pour s’attaquer avec nous au dancefloor. Pas de Nina Persson comme prévu derrière les platines mais Lisa Moorish qui plombe à moitié la soirée avec un mix de chansons à faire pâlir Alan McGee himself (enchaîner du Gwen Stefani avec le « Made Of Stone » des Stone Roses, il faut salement oser). Heureusement, on a quand même droit à un bon "Morning Glory", à "Stan Bowles" des Others, ou à "My Generation" des Who. Dans le courant de la nuit je sers la pince à Mr McGee (Dieu pour les connaisseurs), et papote cinq secondes avec lui. Caro n'oublie pas de le remercier pour Oasis, il a l’air ému et en même temps hilare. Le monsieur ne semble pas décidé à mixer lui-même. Pourtant il ira tâter de la platine un trop court moment. Je retourne au bar où je discute avec Vaness, So et Anthony Rossomando. Bien sympa, le guitariste me donne sa cannette de Rhum. Il nous annonce dans la foulée que son groupe reviendra certainement sur Paris avant Noël. Plus tard, Carl vient également au bar se descendre une pinte, étrangement cool, le chanteur signe tout ce qu'on lui donne, prend le temps de discuter et de faire des photos. Je lui demande s'il aime Oasis, si c'est une influence pour lui. Il me répond fort poliment que les Gallagher sont davantage un soutien pour son groupe. Il me présente Dave Sardy, le génial producteur de "Don't Believe The Truth",  justement à coté de nous. L'américain me parle de Zak Starkey qui jouait de la batterie avec des cuillères durant l'enregistrement. Carl commence à chanter "The Importance Of Being Idle", la chanson préférée de Dave. Instant magique. Je demande alors à Carl s'il compte faire appel au producteur pour le premier album de Dirty Pretty Things. Il me répond que c'est encore tôt pour le dire. Je devine que c’est en bonne voie (l'album de dingue que ça donnerait)... La soirée se termine vers 5h du matin. Tout le monde sort du Triptyque. Alan McGee nous pique le taxi garé à proximité. Je fais un bout de chemin avec Anne-So et Caro (see u sunday on the road to Rouen). Le prochain Poptones Club aura lieu le 15 novembre avec la nouvelle coqueluche du label : The Mardous.

Photo: Sophie et Vanessa

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jeudi 29 septembre 2005

Oasis: Vertiges de la démesure

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(What's The Story) Morning Glory? aura 10 ans ce dimanche 2 octobre 2005, la bonne occasion pour faire un bilan de la carrière unique des fab five de Manchester. Plus qu'une formation culte, Oasis est le groupe le plus populaire en Angleterre depuis les Beatles. Depuis leur premier album Definitely Maybe paru en 1994, les Gallagher ont placé à la tête des charts britanniques tous leurs albums studio dès la première semaine de sortie, soit 6 fois d'affilée. Sur 21 singles publiés, 19 ont été classés dans le top ten, 17 ont été classé dans le top five, et 8 ont atteint la première place. Oasis a battu son record dernièrement en classant deux singles numéro 1 à la suite pour un même album (Don't Believe The Truth). Le groupe a connu l'ascension la plus fulgurante de l'histoire du rock. Definitely Maybe, "le premier album  de rock le plus populaire de tous les temps" détrône le record du "Bad" de Michael Jackson dès sa sortie en se vendant à 150 000 exemplaires en trois jours. En 1995 le deuxième album Morning Glory devient la bande-son de toute une génération, en s'écoulant à près de 20 millions d'exemplaires (à ce jour). L’Angleterre peut alors brandir l’Union Jack et revendiquer la force de sa musique, car Oasis devient le groupe de rock ultime, et avec lui, toute la nouvelle scène british florissante apparaît au grand jour. Le cinéma (Trainspotting...) et la mode made in England se retrouvent au premier plan. Lors de cette Oasismania providentielle, le monde artistique se trouve bouleversé et évolue par le biais du groupe et de tout ce qu’il peut représenter pour la population. Du jour au lendemain, tout change, de la façon de s’habiller à celle de se coiffer ou de parler. Bien plus encore, c’est la politique elle-même qui se trouve renversée, en voyant le parti travailliste de Tony Blair remporter les élections. Et lorsqu’Oasis part à la conquête de l’Amérique, le mouvement devient global. La folie atteint son apogée lors des concerts de Knebworth donnés les 10 et 11 août 1996. Les deux concerts réunissent 250 000 personnes,  le record de fréquentation absolu pour le concert payant d'un groupe de rock. 3 millions d'anglais postulent pour avoir des places, soit 5% de la population du pays. Vendus par téléphone, les billets s'arrachent en 8 heures sur une hotline surchauffée. (British Telecom a calculé que seulement 2 minutes après le début de la mise en vente, 1,5 million de personnes essayaient désespérement d'obtenir la ligne). 350 radios diffusent l'événement en direct à travers le monde... Noel Gallagher, au sommet de sa popularité, se déclare plus important que Dieu et soulève un véritable tollé outre-manche: « J’espère que nous représentons davantage que celui pour qui l’on met de l’argent dans un panier après la messe ! Dieu a-t-il récemment donné un concert à Knebworth ? » En 1997, la sortie du nouveau single "D'You Know What I Mean?" le 7 juillet est vécue comme un événement national. Certains journalistes parlent alors de contre-offensive anglaise exactement une semaine après la restitution de Hongkong le 30 juin 1997 à minuit tapante. La chanson est propulsée directement à la première place des charts britanniques en battant un nouveau record de rapidité de vente : 600 000 exemplaires écoulés en une semaine, et plus d’1 million en 15 jours.  Le troisième album du groupe est "le disque le plus attendu depuis Sergeant Pepper's". Be Here Now explose les records de rapidité de vente en s'arrachant à 800 000 exemplaires en trois jours. Véritable monument sonore, ce nouveau disque est adulé par la presse avant un cuisant retournement de chemise de la part des critiques rock (manque d’originalité, longueur de ses chansons...). Le groupe traverse une grave période de crise, plus que jamais enclin aux excès. A deux doigts de mourir d'une overdose, Noel Gallagher décide de stoper net la coke. Le quatrième LP est le plus sombre et le plus personnel des albums d'Oasis. Il relate les crises de paranoïa de Noel (Gas Panic), puis sa renaissance (Who Feels Love), les doutes, les maux, la perte des illusions. A l'aube des années 2000, ce Standing On The Shoulder Of Giants annonce en album visionnaire ce dont seront faites les prochaines années. L'heure n'est plus aux espoirs ni à l'insouciance festive des années Brit Pop. En 2002, Oasis devient démocratique, tous ses membres ou presque participent à l'écriture du joliment creux Heathen Chemistry. Les 80 000 tickets mis en vente pour les concerts du Finsbury Park de Londres s'arrachent en deux petites heures, preuve que nos mancuniens sont toujours rois en leur pays. Comme le soulignait un journaliste du Nouvel Obs en 97, Oasis en Angleterre fait tellement partie du paysage qu'il en est devenu aussi représentatif que les cabines téléphoniques rouges, les bus à deux étages ou les fish&chips. Le single stonien orientalisant " The Hindu Times" fait un carton en entrant directement à la première place des charts anglais, italiens et canadiens.  Le deuxième extrait Stop Crying Your Heart Out connait également un beau succès, malheureusement détrôné en Angleterre par le King himself et son remix de A Little Less Conversation. La tournée 2002 se termine par les fameux événements de Munich: Liam Gallagher et deux autres membres du groupe provoquent une baston dans une boîte de la ville bavaroise, le chanteur frappe dans la foulée un flic allemand. Il passe le reste de la  nuit derrière les barreaux avec ses "deux dents de devant" en moins. La véritable résurrection d'Oasis survient en 2005 avec l'album salvateur Don't Believe The Truth pur chef d'oeuvre rock de songwriting à l'anglaise. Le groupe enregistre trois fois son album, pour finalement sortir la pièce d'orfévrerie dont tout le monde rêvait. La critique donne de nouveau son aval aux frangins Gallagher bien décidés à ne pas lâcher le morceau. Le groupe embauche définitivement Zak Starkey au poste de batteur (carrément le fils de Ringo Starr). De gros concerts sont stratégiquement donnés dans des endroits mythiques, sold out en des temps record: Paris Olympia, Madison Square Garden, Hollywood Bowl, City Of Manchester Stadium etc. Alors que Coldplay vient de sortir un navet, que U2 se maintient dans le commerce, et que Radiohead ne donne pas signe de vie, Oasis s'offre son grand retour rédempteur. On ne pouvait pas espérer mieux, dix ans après Morning Glory.

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samedi 27 août 2005

Babyshambles: Rock en Seine 2005

petebyhedislimane

Vendredi 26 août 2005, Saint Cloud, Festival Rock en Seine. Vers 17h, j'arrive pendant le set de Goldfrapp, j'aperçois la blonde Alysson avec son look improbable de Marlène Dietrich décalée. Sa pop synthétique trippante a l'air au point sur scène. Cependant, pas le temps de rentrer véritablement dans le vif du sujet, ni de repérer un titre du fantasmagorique "Felt Mountain" que déjà le groupe quitte les lieux. Le public également libère la place, c'est le moment idéal pour rejoindre les premiers rangs avant l'arrivée de Babyshambles. Le doute persiste, vont-ils jouer ou non? Avec Pete Doherty, tout est possible jusqu'à la dernière minute. Des roadies installent une batterie et des amplis... fausse joie il s'agit en fait du matos de The Departure. Un type annonce que le concert de Babyshambles sera retardé d'une heure et qu'il aura lieu sur la petite scène. Ayant déjà vu Departure en concert  (par ailleurs excellent groupe), je préfère m'assurer d'être bien placé pour Babyshambles. Direction "scène de l'industrie". Je me retrouve sans mal au premier rang contre la barrière. Une heure à poireauter. Le temps d'écouter Gwen Stephani se vendre sur la sono. On me confirme que c'est bien l'ingé-son du quatuor anglais qui est sur scène pour les dernières mises au point. Une troupe importante de photographes déboule devant les barrières. Encore une vingtaine de minutes de retard, la tension monte, on nous annonce cinq minutes... puis ça y est, le groupe arrive sur scène, énorme, le grand frisson, Pete fait gicler sa bière, choppe son micro, explose sa canette de verre sur le sol, la classe utlime. Le futur premier album est passé en revue, impasse sur "Killamangiro","Do You Know Me" ou sur "My Darling Clementine". En revanche, les Shambles se fendent d'une solide version du superbe "The Man Who Came To Stay" reprise en choeur par les aficionados du groupe punkoïde. Coté public c'est la folie, les slammers s'éclatent, alors que des groupies sont évacuées à moitié dans le coltard. Les pieds de micro tombent de la scène à plusieurs reprises, les mecs de la sécu ne semblent plus savoir où donner de la tête entre la scène et la fosse. Pete gesticule au son furieux de la batterie, s'écroule par terre ou sait se faire plus calme sur les ballades ou les chansons à la rythmique quasi-reggae. L'ex-Libertines ne donne pas l'impression de jouer la comédie, ce mec ne fait pas semblant, tout semble naturel chez lui, il vit sa musique, vit le rock dans ses retranchements les plus extrêmes. Il est devenu quelque chose comme le nouveau Sid Vicious, le genre de mec qui représente la liberté dont tout le monde rêve mais dont chacun s'interdit d'en vivre le dixième par peur de mal finir ou d'être rejeté par la société. Lorsque l'on voit Babyshambles sur scène, on peut entrevoir cette liberté, presque palpable, cette absence de limite. Pete Doherty est un héros. Une icône. Il symbolise les rancoeurs lourdes qui pèsent au fond de l'âme de chacun, et les exorcise au travers de l'excutoire magnifique, le rock'n'roll suicide. Leur dire à tous d'aller se faire foutre pour toujours... Et "Fuck Forever" arrive à point nommé en fin de set. Une version anthologique de ce hit fédérateur vient nous amocher d'une dernière claque. Le public reste abasourdi. Comme l'impression d'avoir été au coeur du truc. Le groupe quitte la scène. Déjà, du coté des grilles ça s'agite drôlement. Mister Doherty est là, près des fans qui se pressent, se montent dessus pour pouvoir toucher la tête du rocker. Des fans s'agrippent aux grandes barrières metalliques pour les faire tomber, les vigiles gueulent, c'est la grosse émeute, et s'engage une baston d'anglais bourrés. Les pointes acérées des grilles auraient pu tuer plusieurs personnes. Pete se déplace, un groupe de fans franchit une autre cloture en bois, le chanteur leur fait un dernier signe avant de partir, souriant, alors que d'autres fans s'acharnent toujours à vouloir démonter les grilles...

Photo: Hedi Slimane

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mardi 9 août 2005

A Bigger Bang: La résurrection stonienne?

stones

Les Stones sortent un nouvel album le 5 septembre intitulé "A Bigger Bang". La pochette et le tracklisting ont également été révélés. La nouvelle est tombée depuis peu, et déjà trois titres sont disponibles légalement sur la toile. Voilà huit ans que les anglais n'avaient pas sorti d'album studio, si l'on fait abstraction des quatre inédits présents sur la compile Forty Licks (dont le plaisant "Don't Stop"). Impatient d'avoir un aperçu de la galette tant attendue, j'ai donc mis la main sur ce trio de nouvelles chansons. Le single "Streets Of Love", tout d'abord, me rappelle immédiatement la chanson finale de "Goddess In The Doorway", le dernier effort solo de Sir Mick. On a donc droit à une ballade jaggerienne, sans l'ombre d'un riff richardsien. D'une intro dépouillée à l'acoustique, on arrive rapidement au refrain accrocheur, efficace sans être réellement flamboyant. Après un petit solo électrique simpliste certainement dû aux bons soins de Ronnie, la chanson gagne en intensité et prend alors toute sa dimension, on caresse la magie stonienne sans toutefois se la prendre en pleine face. L'impression de redite gâche quelque peu cette première écoute. Cependant, le deuxième titre extrait du Bigger Bang, "Back Of My Hand", est la claque annoncée. Les Glimmer Twins nous sortent un blues énorme à la "You Gotta Move" (Sticky Fingers). Personne ne s'y attendait, et pourtant, l'âme des Stones est là, intacte. Mick chante comme un noir, Keith, échappé des bayous, fait chialer sa gratte tandis que ce cher Ronnie, très doué au petit jeu de la slide, fait des merveilles. C'est du pur blues bien primal qui émerge de ce titre. Un harmonica déchirant finit de crever l'abscès, car un truc inouï est en train de se produire: les Stones reviennent - à la manière des zombies de George Romero, salement déterrés, ressuscités par quelque mystérieux charme diabolique. De la sympathie pour le démon, il fallait sacrément en avoir lors de ce légendaire Banquet. Ces mecs ont forcément pactisé avec Lucifer: l'inspiration et l'éternelle jeunesse contre quelques petits excès... Evidemment le Malin a bien tenté de les truander avec ces visages stigmatisés et quelques albums sordides. Les Stones quant à eux n'ont jamais failli à leur engagement (si ce n'est cet inexplicable anoblissement du Jag'). Et au bout du compte le deal tient toujours. La preuve en est avec ce "Back Of My Hand" des plus inspirés. On est loin des fantaisies funky-dance-rock du Bridges To Babylon et du gros rock qui tâche à la "You Got Me Rocking". Remballées les mécaniques pour stades, on parle désormais de racines et de sang. Et Satan leur offre une nouvelle résurrection - comme pour "Some Girls", à une époque où l'on ne s'y attend plus. La troisième nouvelle chanson "Rough Justice" confirme qu'il ne s'agit pas d'un simple coup de bol. Cette bombe sale balancée en ouverture du Bigger Bang ravage tout sur un périmètre cyclopéen. Les guitares tranchent dans le vif, tandis que Mick rocke - car il sait encore rocker le bougre. Keith, toujours maître en la matière, nous plombe un riff imparable sur le refrain. Des relents de Sucre roux se font alors sentir, car oui, on se trouve bien à quelques encablures de la qualité d'un Sticky Fingers. Et mine de rien, si ces trois titres reflètent la qualité générale du disque, on peut s'attendre à quelque chose comme... le meilleur album depuis Exile. Il est certes osé de l'espérer, mais si le Diable est encore dans le coup, tout semble envisageable.

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vendredi 5 août 2005

Just Kill Me...

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Noel Gallagher. Paris, mai 2005

(photo prise par moi-même)

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mercredi 13 juillet 2005

Hedi Slimane's Birthday Party au Tryptique

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Mardi 5 juillet 2005. La soirée anniversaire d’Hedi Slimane commence à 22h30. Je récupère le très convoité bracelet blanc, pass obligatoire pour pouvoir descendre dans le Triptyque. Ce soir grosse programmation avec trois des nouveaux groupes les plus en vogue de la scène rock anglaise : Cazals, The Paddingtons et The Others. Je pénètre dans le Triptyque, et descends l’escalier qui mène dans une première salle, qui ressemble à un large couloir avec des tables et des banquettes rouges sur le coté droit.  Des projecteurs muraux et des écrans plasma offrent aux regards des photos en noir et blanc de Pete Doherty prises par Hedi. Un bon nombre d’anglais super lookés sont déjà installés sur les fauteuils. Mon premier réflexe est de me diriger au fond vers le bar : je constate une grosse réserve de magnums Moët & Chandon et de canettes Heineken  qui arrivent par caisse. Je pars ensuite en repérage des lieux, la salle de concert est parallèle au grand couloir de l’entrée. La sono est puissante, un DJ aux platines diffuse un mix de chansons rock, principalement des groupes garage rock récents, et quelques virées 80’s avec du Cure ou du New Order. Le Triptyque commence à se remplir d’invités. Je croise Gary, le sympathique batteur des Libertines, avant d’aller serrer la pince à Alan Mc Gee. Je suis très impressionné de le rencontrer, à mes yeux ce type fait figure de héros. Ancien patron de Creation, il sera éternellement « l’homme qui a découvert Oasis ». Actuellement à la tête de Poptones, il a encore quelques beaux projets rock. Ce mec a du flair, c’est indéniable. Il est d’ailleurs venu voir jouer ses nouvelles recrues. Je me dirige vers la scène, il est environ 0h30 lorsque Cazals débutent leur set. Gros son compact avec une rythmique qui fait bloc. Le chanteur, cheveux longs blonds et moustache, parait-il mannequin à ses heures pour Dior, fait preuve de conviction, comme si tout devait se jouer ce soir, ici et maintenant. Après ce premier concert époustouflant, je repars vers le bar, largement pris d’assaut. Je tombe sur Johnny le bassiste des Others (sosie de Robert Smith), qui discute avec Gabrielle, une amie avec qui je suis venu. Il se souvient de mon nom. Je le remercie, car c’est grâce à lui et à Gab que je suis là ce soir. On en vient à parler de Pete Doherty. Johnny nous demande alors de le suivre plus loin, à la table réquisitionnée par son groupe. Je vois Pete devant moi qui se dirige vers une porte gardée, probablement la loge des artistes. Le chanteur de Babyshambles vêtu d’un superbe costard (certainement taillé sur mesure par Hedi) me paraît très impressionnant, très grand surtout. Johnny me parle des Paddingtons avec un accent à couper au couteau. Justement, le groupe investit la scène. Encore une prestation ahurissante, avec un chanteur charismatique visiblement déchiré, ses paupières semblent parfois lutter pour rester ouvertes. Enorme surprise : Pete Doherty rejoint le groupe sur scène pour  « 50 To A Pound ». Je me faufile rapidement vers le premier rang, moment d’anthologie. Pete, les yeux rouges, semble aussi peu lucide que le chanteur des Paddingtons. Embrassades et rigolades. Pete chante « happy birthday » pour Hedi Slimane avant d’aller rejoindre Kate Moss. Après ce second show, je croise justement Hedi, le sourire aux lèvres, visiblement satisfait de sa soirée. Re-voyage au bar. J’aperçois le chanteur de Cazals assis à une table avec une jeune fille, il sort une bouteille de Moët de son seau à Champagne. Je décide d’aller m’affaler sur une banquette vide, non loin du grand écran qui projette en boucle les clichés en noir et blanc d’Hedi. Une jeune fille vient s’asseoir à coté de moi, nous sommes réciproquement ravis de pouvoir parler en français. Elle a raté le passage de Pete Doherty sur scène. En revanche, elle a pu entrer dans l’espace privé où se trouvaient Pete et Kate (parait-il occupés à suivre la ligne blanche) avant de se faire rapidement virer. Elle compte monter sur scène pendant le concert des Others. Ses amies nous rejoignent, rapides présentations. Des guitares résonnent dans le Triptyque : Johnny et sa bande attaquent leur concert. Tout le monde se lève et se rue vers les musiciens. Je retrouve Gab et ses copines Sophie et Vaness devant la scène. Grosse ambiance. Pogo dans les premiers rangs, et comme pour les deux groupes précédents, la prestation est immédiate, directe, sans compromission possible. Le combo britannique sort ses tripes comme s’il jouait toute sa carrière à ce moment précis de son existence. Effusions de distorsion et lacération de cordes, c’est du son brut qui sort des amplis, garage, crade. Dominic Masters, le chanteur, se lance dans un grand huit à cent à l’heure, avec des lyrics qui ne sont parfois plus que des vertiges sonores agrémentés de « paw paw papapaw paaaw ». Johnny quant à lui fait vibrer la structure de béton et de métal du Triptyque à coup de basses sismiques. L’assistance compte visiblement déjà de nombreux fans. Lors de la chanson « This Is For The Poor » vers la fin du set, une large partie du public envahit la scène.  The Others terminent leur show terrassant dans un orage de feedbacks avant de quitter les lieux. Enième voyage vers le bar. Gary Powel se met derrière les platines - DJ idéal pour terminer une nuit idéale.

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lundi 11 juillet 2005

Si Versailles m'était conté

placebolive8

Samedi 2 juillet, Live 8, Versailles. Vers 15h, début des réjouissances avec la balance de The Cure, le groupe joue intégralement son set de trois chansons prévu pour la soirée ; ça s’annonce bien. Le concert du Live8 débute réellement vers 17h avec un enchaînement de chanteurs de variétoche. Bientôt, on passe aux choses sérieuses avec l'arrivée de Muse. Matt Bellamy, pantalon blanc et chemise claire à rayures, se déchaîne dès les premières mesures metalliques. Il fait virevolter sa gratte dans tous les sens. Dom assure comme un diable derrière ses fûts tandis que Chris décoche des lignes de basse à faire péter les vitres du château. Le groupe offre à la foule du Live 8 une putain de prestation aux petits oignons, avec une setlist du tonnerre: Hysteria tout d'abord, puis Bliss et ses envolées de clavier cosmiques, le tubesque Time Is Running Out et enfin l'anthémique Plug In Baby qui finit d'achever par KO le public médusé. Ces mecs là sont très forts, capables de foutre le feu à un concert de charité pour pas un rond. Leur musique grandiloquente matinée de métal hurlant et de classique mégalomaniaque peut rebuter le puriste rockeux. Bellamy se prend certes pour un Rachmaninov qui jouerait du Hendrix, ce que le bon goût ne semble pas forcément accepter de prime abord. Mais sur scène, ce mec peut convertir tout le monde, de la molkette en ébullition jusqu'au fan de reggae le plus léthargique. Kyo font un bide en passant derrière le trio du Devon. Tant mieux, les gens ont l’air de savoir faire la différence. Pour pouvoir réentendre du vrai rock au Live8, il faut attendre patiemment la tombée de la nuit. Le set de Placebo peut commencer. Brian Molko entre en scène avec sa nouvelle coupe de cheveux rasée. Stefan attaque immédiatement à vif le riff de Bitter End, une bonne grosse version de ce tube tectonique résonne dans tout Versailles. Enorme mise en bouche. Le chanteur annonce ensuite : « ça fait vingt ans depuis le Live Aid… cette chanson s’appelle Twenty Years ». L’intro en arpège du dernier single en date démarre. Changement d’ambiance avec cette ballade qui révèle toute son intensité dramatique en live. Les accords s’enchaînent pour élever la ligne mélodique vers des sommets ultimes. Steve entre réellement en jeu à la moitié du morceau avec un martèlement rapide qui vient renforcer l’impression de montée orgasmique. Brian et Stef finissent de travailler au corps leurs instruments, font gémir, puis hurler les guitares lors d’un final grandiose déchirant, transcendant. La chanson terminée, Brian déclame au micro le slogan du Live 8 et quitte la scène avec ses acolytes. Le public hébété reste sur sa faim. La seule apparition publique du groupe en Europe pour l’année 2005 se résume à ces deux chansons jouées en moins de dix minutes. Le but n’était certes pas de faire un vrai concert, mais de servir la cause africaine. L’essentiel est là. Cependant, quelques minutes plus tard, The Cure fait preuve de beaucoup plus de générosité avec son set de trois (longues) chansons. Il est pile minuit. Le groupe balance un fracas métallique de fin du monde. Il semble immédiatement se dégager un intense sentiment de malaise. Robert Smith se lamente avec autant de conviction qu’à ses débuts. Ce type ne fait pas semblant, c’est évident. Le château de Versailles, en arrière plan, soudain prend une autre dimension. L’atmosphère néo-romantique exprimée depuis la scène, associée à ce décor hanté par son passé, transporte les esprits vers quelque sombre univers gothique désespéré. On serait vite enclin à revivre les drames passés entre les murs du château ou dans les bosquets labyrinthiques en pleine nuit, à imaginer les destins tragiques et les amours impossibles. La rythmique glaciale de One Hundred Years échappée de Pornography résonne sur les parois du palais et se propage à travers les jardins de Le Nôtre. Après la troisième chanson, il est difficile de revenir de ce trip fantastique. Heureusement, Youssou ‘n Dour et Dido ont du retard, et The Cure reviennent sur scène pour combler le trou. Le groupe interprète les classiques Just Like Heaven et Boys Don’t Cry. Magnifiques versions pour un voyage au bout de la nuit. Bientôt le Seven Seconds de Youssou se fait entendre dans les ruelles de Versailles. Mais je suis déjà loin, préférant davantage méditer sur l’introspection caverneuse d’un Seventeen Seconds…

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jeudi 16 juin 2005

Marilyn Manson: Paris Bercy 2005

Mardi 14 juin 2005, concert de Marilyn Manson à Bercy. J'arrive avec ma meilleure amie vers 18h devant le sanctuaire tapissé de gazon. Il fait chaud, sale temps pour aller à un show de l'Antéchrist. On fait le tour du POPB, une horde de gothiques fait le pied de grue devant l'entrée de la fosse. Le soleil est plombant. On se pose à l'ombre sur un trottoir, face à l'entrée des artistes. Au bout d'un quart d'heure un gros van à vitres teintées fait irruption. Il se range tout au fond du parking derrière la grille, à l'abris des deux ou trois fans qui gueulent "Pogo!" (nom du claviériste). Un mec croit avoir vu Manson. Perso, je crois qu'il a rêvé. On bouge, direction bar pour boire. Une brasserie diffuse le DVD Guns God & Government World Tour. Avec le son poussé à un volume intéressant. Après la halte alcool,  le temple du rock nous attend enfin. Devant l'entrée, quelques chrétiens noirs prêchent la bonne parole, invitant les "amis gothiques" à fuire le symbole de la luxure et du stupre incarné par Brian Warner. Tout le monde se demande si ce ne sont pas des fans qui jouent une bonne comédie pour illustrer le folklore habituel à l'entrée des concerts de Manson aux USA. Possible que non. Une fois dans l'arêne, ma best friend me tend ses pastilles d'absinthe histoire de se mettre dans l'ambiance. En première partie, Queen Adreena livre un bon set, même si le public siffle ou fait des doigts. La chanteuse sexy déjantée à la voix intense arrive tout de même à séduire une partie de la foule. Vers la fin cependant, tout le monde semble somnoler. Pas grave, Manson va réveiller tout ce petit monde... Arrivée hypnotique surprenante du Révérend balançant un lustre à bout de bras dans l'obscurité. Cette vision spectrale laisse bientôt place à un tableau plus coloré mais tout aussi fantasmagorique, des spots rouge sang éclairent la scène pour un Love Song surpuissant. Manson apparaît dans un étrange costume lui créant un abdomen et un torse légèrement disproportionnés. Ce soir, il est également vêtu d' une jupe noire et de plateform- boots. Il ressemble à un bouffon trash, ou à une Reine de Coeur junkie. Son maquillage évoque les cyborgs torturés de Blade Runner avec une large bande noire au niveaux des yeux. Sa coupe de cheveux mi-rasée n'a pas changé depuis le clip de Personal Jesus et la campagne de mode pour Vivienne Westwood. De manière surprenante, l'artiste a choisi pour cette tournée promo du best of de revenir à un spectacle basique, pas d'artifices en tout genre, ni de strip teaseuses recevant la fessée. Le concept reste simple: cinq musiciens qui balancent un raffut d'enfer sur une scène. L'unique décor se résume à un écran géant projetant des images. Première constatation: le son est énorme, rond, compact, dantesque. Un véritable plaisir pour les oreilles, d'autant plus que le chanteur est bien en voix. Tim Skold, le bassiste remplaçant de Twiggy Ramirez, assure un jeu d'une précision chirurgicale malgré une nonchalance obligatoire. Je regrette l'absence de John5, même si le nouveau guitariste a l'air d'assurer. Le son des instruments semble décuplé. La setlist révise tous les disques de Marilyn Manson, toutes ses périodes artistiques, toutes ses transformations. Des clowneries inspirées par Roald Dahl jusqu'à l'âge du burlesque en passant par le glam et le gothique indus. On croirait une tournée d'adieu, agrémentée des principaux gros tubes, notamment des fabuleuses reprises Sweet Dreams, Tainted Love et Personal Jesus. Musicalement, la prestation est très réussie, la troupe du Manson circus étant parfaitement rodée, comme une machinerie bien huilée. Mais lorsque l'on va à un concert de Marilyn Manson, on s'attend à du choquant, à de l'obscène, à du crade, et de ce coté là, la déception est au rendez-vous. Notre Révérend devient un type pépère sur scène, bien moins énergique et énervé que sur ses légendaires tournées passées. A un moment, il fait mine de baisser son froc, mais bien calculé, personne ne voit rien. Pas de discours politico-religieux, ni de speech endiablé sur les drogues. Bientôt marié, notre Antéchrist se serait-il finalement résigné à rentrer dans le rang? L'avenir nous le dira. Pour le moment, l'amuseur public numéro 1 ose encore nous sortir des portraits géants d'Hitler et de Staline pendant Antichrist Superstar, fièrement adulé en dictateur-automate, volontairement grotesque. Le concert prend des airs de meeting fasciste, nous rappelant que Manson peut dévier vers le mauvais goût. Il n'est pas certain que le jeune public capte le message au second degré. Moment fort jouissif malgré tout. Marilyn Manson a le mérite d'avoir créé un genre unique, aucun spectacle ne ressemble au sien. Il reste maintenant à attendre sa nouvelle métamorphose, et son prochain passage parisien que l'on espère beaucoup plus subversif.

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